Page:Nerciat - Contes saugrenus, 1799.djvu/70

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

La Présidente. C’était une horreur de la part de la du Puissard. Il est très vrai que ce fut elle qui poivra le neveu de mon mari : le pauvre enfant n’avait que dix sept ans alors ! Moi je l’aimais et comptais, en l’occupant dans ma société, l’empêcher de donner dans les coquines.

l’Abbé. Il aurait donc fallu chasser de chés vous la du Puisard elle même.

La Présidente. Je m’étais contentée de la lui défendre, mais elle me le subtilisa : J’y fus prise. Le président s’en ressentit aussi : cela fit d’abord un tapage du diable, mais comme à force de perquisitions je vins à découvrir que le président avait aussi trempé là sa vieille mouillete, la balle me revint avec avantage, et je confondis mes antagonistes : au surplus, ayant fait ce qu’il fallait, je fus hors d’affaires quinze jours plutôt que tous les autres maléficiés, ce qui prouva péremptoirement que ce n’était pas de moi qu’était venue la contagion fatale…

Mde. de Prudejoye. La satyre du jour reproche aussi à Madame de Fourchaud d’avoir mis pareille infamie en circulation, chés les Minimes, où elle est accusée de faufiler au moyen d’une porte au mur mitoyen, entre le jardin des religieux, et celui de Mde de Fourchaud ; l’issue de son côté étant, dans le cabinet, et masquée d’un chassis de tapisserie en papier.

Mlle. de Franchemotte. Des minimes ! Fi !

Le Chevalier. Allons ! Je vois d’ici les révérends dans la nécessité de faire succéder l’huile de lin[1] à l’huile d’olive… les peres incommodés sont donc spécifiés dans la liste ?

Mde. de Prudejoye. Non pas : il n’y a que les Minimes en général ; l’aubaine cuisante est düe, à ce qu’on prétend, à une méchante

  1. La graine de lin du moins, est fort employée dans le traitement de la maladie dont il est ici question.


procureuse