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LES AMOURS MODERNES.



Il ne faut, dit-on, disputer jamais ni des gouts, mi des couleurs. Ce quatrième Tableau nous offre une scène bizarre : elle est le resultat de quelques uns de ces goûts capricieux, qui modifient les plaisirs de la jouissance amoureuse…… Les scrupuleux, disent aux dépens de la nature, ou bien pis encore, en l’outrageant. On a bientôt fait de s’ériger de la sorte en dénonciateurs, au nom de cette bonne nature ! Les vrais philosophes, au contraire la soupçonnent de n’avoir rien tant à cœur que d’obliger tous et chacun de ses chèrs enfans ; bien loin de vouloir leur faire un crime de petits écarts insignifians, desquels d’ailleurs il eut absolument dépendu d’elle de rendre la pratique impossible, en faisant qu’ils fussent insipides, ou douloureux !

Tel était le sujet d’une intéressante conversation qui, certain soir d’hyver, dans un appartement agréable, au coin d’un bon feu se tenait chés la présidente Groslard, entre elle même, l’Abbé Bannal, conseiller-clerc ; Mde. de Prudejoye, trésorière de france ; Mlle. de Franchemotte, fille majeure, et le jeune chevalier Duhoussoir, agréable, cidévant champion de l’indépendance en Amérique, et depuis, indépendant lui même, au moyen d’un héritage imprévû qui l’avait mis à la tête d’un revenu de trente mille livres. On devine que le lieu de la scène était dans une ville de Parlement ; et non pas à Paris. Où nous savons que vivent les gens cités ils font partie de la plus excellente compagnie. La Présidente, pour son compte, est fort riche, jouissant de sa propre fortune et des dons de trois époux, dont le dernier n’est mort que depuis trois mois. Madame de Prudejoye est sur le point d’enterrer le sien, qui est septuagénaire, et qu’elle expédie aussi diligemment qu’elle peut, à force de bontés, étant impatiente de devenir propriétaire d’un assés gros bien qu’il lui a assuré par leur contrat de mariage. Mlle. de