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„ Vous Madame, sur le dos… comme cela… bon : vous saisissés mon frere… de cette façon… à merveille… ici vous (à Mr. de la Grapinière.) vous ne pénétrerés d’abord que de cette longueur… afin que de ma place je puisse voir… les enclouures… mon frère ? vous êtes trop engagé… retirés en… encore un bon pouce… ce n’est que pour un moment. Madame… et vous, mon frère ? creusés moi les reins un peu plus… fort bien : attendés : les jambes de Madame ne peuvent demeurer ainsi vagantes… Vous, Mr. de la Grapinière, emparés vous en par dessous les jarrets… c’est cela : et portés les comme un brancard sur l’une et l’autre épaule… on ne peut mieux…

On supposera bien, sans que nous le disions, que pendant tout ce discours, Laura, le crayon à la main trace à grands traits la masse du grouppe, détermine les points principaux, compose en un mot son sujet en esquisse… ne prenés plus garde à moi, dit-elle enfin, quand son croquis est arrêté. Pour lors la mécanique devient très mouvante : Mde. de la Grapinière, comme la petite roue d’une voiture, fait ses trois tours, tandis que la grande roue, Mr. de la Grapinière, n’en fait qu’un…

Chaque jour même pose, même étude[1], jusqu’à ce qu’enfin il y ait un vrai chef d’œuvre de dû à l’art enchanteur de l’habile italienne…

Pourquoi, va-t-on me dire, ces ambulans, avec tant de moyens de s’enrichir, sont-ils arrivés misérables où le ménage libertin les a reunis ? — C’est que Cazzoné n’a aucune conduite, qu’il repand sur le fretin immonde des coquines, tout ce que les coquines du haut vol peuvent lui faire gagner, et que Mlle. Laura est joueuse passionnée et trop joueuse pour avoir ce qu’il faut de sens froid à corriger la fortune, talent si commun et pour lequel tout italien a de si grandes dispositions. C’est en un mot parceque le couple, verni

  1. La planche représente le 5e jour.
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