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Mlle. Desaccords. Vous êtes familier !

Le Comte. Vois-tu, ma chère Desaccords, c’est par tendresse. Car, bien que tu ne soyes pas une perfection, tu m’as toujours beaucoup plû. Vraiment, j’ai toujours eu pour toi le germe d’un caprice, et, dans ce moment ci, je le sens se développer furieusement. (Il menace d’une audacieuse indécence.)

Mlle. Desaccords. Mr. le Comte songés que nous sommes ici au premier, au dessus d’un entresol… et qu’une chûte de cette hauteur…

Le Comte. (impatienté.) Ah ! Je ne viendrai point à bout de faire baisser le ton à cette mutine !… (il la saisit au corps.)

Mlle. Desaccords. Mr. le Comte, si je sonne, tout ceci finira fort mal.

Le Comte. Finira, mon cœur, par faire à l’instant, sur ce canapé, la paix… la paix la plus cordiale…

Mlle. Desaccords. (au fond flattée de ces transports) Gare la jolie coëffure ; gare le manteau…

Le Comte. (lui mettant la main sous les jupes) Ce toupet-ci me répondra du mien.

Mlle. Desaccords. (furieuse du petit avantage que son antagoniste vient de remporter, jette un cri vif.)

Le Comte. Le diable entrerait ici, voyés-vous, que pour vous apprendre à m’avoir dit tant d’impertinences…

Mlle. Desaccords. (se defendant) Eh bien ! je me dédis… vous n’êtes point un poltron… vous n’avés rien accordé… à votre protecteur romain… vous n’êtes point à Paris… la maitresse, d’une douzaine de… (sentant une atteinte un peu dan-

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