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je ne me gêne point. C’est sur ce pied que doit aller la société du grand monde : on serait bien sot de s’y contraindre.

Mlle. Desaccords. (venant se raseoir) Oh ! d’après ce que vous me faites l’honneur de me dire, il doit m’être aussi permis de vous parler à cœur ouvert ; savez vous bien M. de Charbade, que depuis que vous devés à la recommandation de votre cardinal italien (je ne sais plus son nom) et à deux ou trois de nos dévergondés de cour, d’être furtivement entré dans un chapitre pour lequel (disent les méchants) vous n’étiés pas tout-à-fait du calibre réquis…

Le Comte. (irrité.) Mademoiselle ?

Mlle. Desaccords. Là là ne vous emportés point. Vous n’êtes plus ce fougueux militaire qui déjà sur le pré pour arracher l’ame à certain adversaire, eut (par bonheur pour cet homme) la modération de rengainer et de mettre tout d’une course les Alpes entre vous et lui.

Le Comte. (avec embarras) Quel pot pourri me faites-vous là, s’il vous plaît ?

Mlle. Desaccords. J’ai eu la complaisance de vous écouter : faites de même… depuis dis-je, qu’un ruban (couleur de feu liséré de bleu relève l’éclat de votre figure éfféminée on vous trouve devenu terriblement… fat ; je prends sans demander, la permission de trancher le mot.

Le Comte : (voulant s’échapper) Cette fille est en démence ! — Mademoiselle (elle le retient par la main) Laissés moi.

Mlle. Desaccords. On remarque que, de ci-devant adulateur des hommes en place (et plus encore que cela) que de cidevant dernier serviteur des caprices de toutes nos catins titrées, vous êtes devenu si familier en public avec vos hommes, si prétentieux avec vos femmes, que les uns et les autres vous rient au nez maintenant… En un

mot,