Page:Nerciat - Contes saugrenus, 1799.djvu/37

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Le Comte. Aussi ces talens vous valurent-ils d’être accueillie en bons lieux avec intêret et distinction.

Mlle. Desaccords. Passons maintenant aux mais : c’est où vous voulés en venir.

Le Comte. Mais à vos manières polies, insinuantes, un peu calines ; pardonnés moi le mot, bientôt vous avés fait succeder cette aisance qui par fois oublie un peu trop ce qu’on doit à certains gens ; ce ton tranchant qu’on vous voit, cette exigence.

Mlle. Desaccords. Exigence ! Je n’ai pas l’honneur de connaître ce mot là ? Je douce qu’il se trouve au dictionnaire de l’Academie.

Le Comte. Si cela pouvait être, il faudrait l’y ajouter, car de nos jours il devient fort nécessaire pour désigner les prétentions qui veulent reussir à force ouverte.

Mlle. Desaccords. Fort bien. Continués de m’instruire, Monsieur, avec toute la grace et la charité que vous savez y mettre…

Le Comte. Attendés la conclusion mon cher cœur, et vous jugerés si je vous suis défavorable. — Je dirais donc que par dégrés vous êtes devenue…… me passerés vous un gros mot ?…

Mlle. Desaccords. Voyons ?

Le Comte. Insoutenable.

Mlle. Desaccords. (le quittant avec un rire de couroux amer) Votre conclusion est polie : (sur le point de sortir du sallon) ainsi donc Mr. le Comte c’est pour m’injurier de sang froid, que vous voulés bien prendre la peine de vous établir ici, pour tout le tems qu’il vous faut attendre qu’on vous avertisse ?

Le Comte. Je n’injurie point : mais je suis franc et sans me facher, quand l’occasion se présente de dire aux gens leurs vérités,