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Lajoie. Enfans ! nous perdons trop de tems à jaser, employons mieux les instans. Ça, Mademoiselle, je fais ici les honneurs de mon bien, à qui donnés-vous la pomme ?

Mlle. de Beaucontour. (baisant Firmin) A tous deux, ma chère, je prendrai les yeux fermés celui qu’il te plaira de me laisser, (leur touchant ce dont on se doute) Ils sont superbes.

Lajoie. Et tout-à-l’heure vous dirés encore qu’ils sont excellens ; car je ne suis pas généreuse à demi, et ce serait vous bien attrapper que de ne pas vous les passer tous deux tour-à-tour… Cependant, je ne pense pas que j’offense peut être une jeune personne bien née en la supposant ainsi capable de recevoir dans ses bras, tout-d’une, deux…

Mlle. de Beaucontour. Point de persiflage lorsqu’une respectable fille comme Mlle. Lajoie peut bien se permettre cette double foiblesse, on le pardonnera sans doute de même à une étourdie telle que moi.

Lajoie. J’aime qu’on sache mettre ainsi sa conscience en repos. — Eh bien donc, Gérard, commence avec elle… à nous deux, mon cher Firmin.

A cet ordre une natte est proprement étendue pour la nouvelle conquête, c’est aux dépens de Lajoie qui s’accommode du gazon naturel. Firmin s’en donne à cœur joie sur l’ardente soubrette. Gérard, d’abord un peu timide, ne sert pas d’emblée aussi bien la capricieuse lectrice ; mais celle-ci, le pressant, le chatouillant, le baisant, le mordant, et lui coulant des douceurs à sa portée, l’a bientôt dispensé du respect, et mis à même de déployer tout son savoir faire.

Mlle. Lajoie elle même est étonnée de la profonde expérience que décéle la jeune personne. Chacun tour à tour ne peut s’empêcher (entre l’un et le deux, qui se consomment sans qu’on se soit désunis) de jetter un peu les yeux sur son voisinage — A la seconde poste, un bond un peu trop pétulant de la part de Mlle. de Beaucontour a mis dehors l’ami Gérard ; mais c’est elle même qui d’une main adorable,