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Lajoie. Voilà cependant un entretien qui rejette bien loin certaine ouverture que j’avais envie de vous faire, et vos confidences me font sentir combien je serais indiscrete, si je vous proposais pour ce soir la partie de plaisir qui aura lieu pour moi.

Mlle. de Beaucontour. Propose toujours.

Lajoie. Eh non ; où j’aurais voulu vous mener, il n’y aura marquis, comte, ni baron, pas même un pauvre chevalier.

Mlle. de Beaucontour. Tu as la cruauté de me persifler !

Lajoie. Je vous entretiens de ce qui vous plait. Pour mon compte, je vais quelque part, où si l’on m’envoyait, je ferais un beau tapage…

Mlle. de Beaucontour, Explique-toi plus clairement.

Lajoie. A six heures, j’entre dans une barque…

Mlle. de Beaucontour. Eh bien ?

Lajoie. Deux bateliers me font suivre rapidement le cours de l’eau jusqu’à certain endroit champêtre, où il y a des bosquets, bien frais, bien solitaires…

Mlle. de Beaucontour. (avec intérêt.) Peinture charmante !

Lajoie. Là, je trouve deux galans, candides, bien amoureux, dont je suis l’idole adorée…

Mlle. de Beaucontour. De mieux en mieux.

Lajoie. Tout près d’une poissonnière qui se baigne dans la Marne, sous une hute rustique, en jouissant de la plus superbe vue, je couronnerai les feux de mes deux adorateurs…

Mlle. de Beau-