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Mlle. de Beaucontour. Il avait d’abord été dit que le Vicomte se ferait présenter ici, et point du tout : on parait ne plus l’y attendre… mais c’est qu’on va le trouver là bas.

Lajoie. Il y aurait bien quelque induction à tirer de cela.

Mlle. de Beaucontour. Tu remarqueras qu’on ne me dit plus même un seul mot de son surprenant mérite.

Lajoie. Ahye ! ahye !

Mlle. de Beaucontour. Somme toute, il y a trois jours et trois nuits que l’on ne m’a rien fait, rien proposé… (des larmes) Je suis malheureuse, ma chère Lajoie. L’ambition, l’amour, l’amitié, tout à la fois me maltraite. Je ne sais ce qui me retient…… mais dix fois par jour, il me prend envie de quitter cette campagne funeste, et d’aller par désespoir… me faire inscrire à l’opéra.

Lajoie. Ouf ! me voilà bien rassurée ! j’ai crains ma foi que vous ne songeassiés à vous jetter dans la Marne. Essuyés ces pleurs, et croyés moi, mademoiselle, point d’extravagances. Vous êtes ici, bien, très bien ; tenés-vous-y.

Mlle. de Beaucontour. Mais, ma chère Lajoie ! quand-on aime !

Lajoie. On fait une sottise, si c’est comme vous avés le malheur d’aimer…

Mlle. de Beaucontour. Le Vicomte est une si jolie créature !

Lajoie. Il faut vous le donner.

Mlle. Beaucoutour. Comment ?

Lajoie. Belle question ! comme on se donne un homme qui plait.

Mlle. de Beaucontour. Je ne te comprends pas.