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Mlle. de Beaucontour. Tu crois, Lajoie, savoir tout ce qui se passe ici, et cependant tu ne sais pas la moitié des choses. Il est vrai que la Duchesse me marque les meilleurs sentimens, et me comble de ses dons ; mais… avant que j’entrasse avec elle en liaison, j’étais folle du petit vicomte de Plantaise : or c’était pour m’écarter de lui, non moins amoureux de moi, qu’on m’avait dépaysée. Cependant le hazard l’a conduit lui même dans ces environs, où la saison apelloit aussi notre Duchesse…

Lajoie. Comme tous les ans. Eh bien ? où donc est le malheur ? quand notre course hors de Paris vous raproche de votre amant…

Mlle. de Beaucontour. Le malheur, demandes-tu ! il est grand, ma chère Lajoie.

Lajoie. Je ne devinerai jamais……

Mlle. de Beaucontour. Le Vicomte doit passer deux mois chés la vieille maréchale, sa grand-tante. Mde. la Duchesse, dès qu’elle est arrivée ici, ne manque pas d’aller faire à la sempiternelle une visite……

Lajoie. Comme tous les ans…

Mlle. de Beaucontour. La vieille bégueule est si hautaine, et traite en général si mal, même chés elle, toute demoiselle de compagnie, que ma bienfaitrice, par égard pour moi, ne permet point que je l’accompagne. Mais elle voit là bas le petit Vicomte, il lui plait, il faut qu’aussitôt elle en rafolle ; car elle ne revient au château que pour me chanter avec enthousiasme les louanges de l’Adonis… D’abord, je ne me doute point du coup… mais, trois jours après, seconde visite chés la maréchale ! Le surlendemain, troisième visite !

Lajoie. Il est vrai que les années précédentes la fréquentation était moins vive…