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En même tems le dos du Maréchal parait un appui commode pour la seconde dame d’honneur, Mlle. de Braiseval, jeune française de qualité, mais pauvre que ses talens ont fait appeller à la cour. Etendüe sur les complaisantes omoplates du Maréchal, elle reçoit paisiblement l’hommage des flammes amoureuses du conseiller privé ; son excellence Mr. Plünder, ayant le département des finances, et sur lequel Mlle. de Braiseval a pris un ascendant fort lucratif.

Nous avons été au plus pressé en faisant ainsi connaître tout de suite au spectateur tous les personnages que notre tableau met en scène. Il aura remarqué sans doute qu’on y compte six hommes et cinq femmes seulement. Pourquoi cet impair ? Car ce qui se passe a tout l’air d’être une partie méditée, et dans ces sortes d’occasions, on manque rarement à se composer d’un nombre égal de dames et de cavaliers ? La réflexion est juste : mais, de même qu’on ne voit, dans ce cadre resseré ni la rivière argentine où l’on avait fait la partie de venir se baigner, ni la calèche à douze places qui a amené toute la bande dorée, ni les équipages de suite, valets &c… de même on ne voit point certaine grande maitresse de la souveraine, qui complettait le sixième couple. Cette indispensable compagne est une antiquaille de cinquante et tant d’années, qui n’étant plus ni belle ni même passablement conservée, chomme en enrageant, partout où il y a des plaisirs impromptus, semblables à ceux que nous avons ici sous les yeux. D’ailleurs, la chère dame aimant à boire, et la fête du jour étant une petite orgie bacchique, la vieille Erigone s’est tellement enivrée de ce moût qui a mis seulement le reste de la bande en gaité, qu’elle n’a pu quitter le lieu de la collation, sur le bord de la rivière. Mais qu’on ne plaigne pas Mde. la grande Maitresse. Elle passe en ce moment fort bien son tems. Elle a le vin très amoureux et très badin. Elle a donc déjà fait agréer ses honorables faveurs à deux grands et gros écuyers, personnages à la vérité très subalternes, mais qui ont un merveilleux talent, et qui tous fiers de leur étrange aventure, s’évertuent à donner à l’envie les plus grandes preuves de leur robuste savoir faire…

Sans doute, on s’attendait à trouver à ce dernier récit, comme aux précédens, quelques lambeaux de dialogue ? mais que le lecteur soit raisonnable ! L’esprit familier qui nous dicte ces folies n’était