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gration des âmes et leur anéantissement total comme terme de la perfection ; l’autre, leur immortalité dans l’identique unité d’existence.

Eugène Burnouf éclaira ces questions d’un jour nouveau, et, en déterminant les époques relatives du brahmanisme et du bouddhisme, introduisit un élément de chronologie dans l’histoire de l’Inde, qui semble ignorer les divisions réelles du temps.

Comment ? par quels moyens ?

Un Anglais, ou plutôt, par la libéralité de son caractère, un citoyen du monde savant, M. Hodgson, avait procuré, par son entremise, et aussi par ses propres dons à la Société asiatique de Paris, quatre-vingt-huit manuscrits rassemblés dans le Népal, foyer primitif du bouddhisme ; c’étaient les textes originaux de la doctrine. On n’avait eu jusqu’à présent que des traductions pâlies, cinghalaises, thibétaines, mongoles.

Il fallait non seulement lire, interpréter, comparer des centaines de traités nébuleux et confus, mais discerner les âges des traditions qu’ils renferment, à la brièveté élémentaire ou aux amplifications successives des préceptes de mœurs et de liturgie, à la simplicité native ou à l’élégance plus ou moins ornée de l’exposition, aux formes plus ou moins vieillies du langage, et, de plus, exercer cette critique d’une philologie si délicate, d’un sentiment littéraire si fin, sur des écrits et des idiomes tels que c’est avoir déjà beaucoup profité que d’en pouvoir comprendre bien quelques-uns. Voilà ce qu’il fit avec un plein succès.

Il n’est pas possible de satisfaire à tout et à tous ; le monde se plaignait de lui, et le monde avait raison à son point de vue. Pourquoi refuser au commerce de la société les dons heureux qui pouvaient en faire l’orne-