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le Dieu, mais il ne fait point de faux pas comme tant d’hommes célèbres. S’il s’arrête aux menus détails, c’est qu’il veut avoir tout vu, et bien vu, pour ne montrer que ce qu’il faut. Patience ; son regard est vaste et profond, quand vient le moment d’embrasser l’ensemble des idées. « C’est l’Inde, disait-il à l’ouverture de son cours ; c’est l’Inde avec sa philosophie et ses mythes, sa littérature et ses lois, que nous étudions dans sa langue. C’est plus que l’Inde, c’est une page des origines du monde, de l’histoire primitive de l’esprit humain, que nous essayons de déchiffrer ensemble... C’est en nous une conviction profonde qu’autant l’étude des mots, s’il est possible de la faire sans celle des idées, est inutile et frivole, autant celle des mots, considérés comme signes visibles de la pensée, est solide et féconde. Il n’y a pas de philologie véritable sans philosophie et sans histoire. »

Aussi, de ces courageuses et lentes analyses, qui prévenaient toute conjecture hasardée, toute erreur de doctrine préconçue, quelles puissantes et magnifiques synthèses allaient sortir ! C’est à une telle probité de méthodes que nous devons, avec le Lotus de la bonne loi, l’Introduction à l’histoire du bouddhisme, exposition et histoire d’une espèce de religion athée, embrassée aujourd’hui par deux cent millions de sectateurs, qui n’a cessé d’agiter et de réformer l’Asie orientale depuis plus de vingt-cinq siècles, qui tenta de ruiner le brahmanisme d’où elle est sortie, en opposant au dogme injurieux et décourageant de l’antipathie des castes l’égalité originelle des hommes, et qu’on avait voulu assimiler faussement, par quelques rapports incomplets de doctrines morales et ascétiques, au christianisme, malgré l’abîme qui les sépare, l’un prêchant la transmi-