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officiels peuvent enseigner la vérité de l’histoire, autant que le témoignage de l’historiographe peut égaler le récit de l’historien.

Là, Eugène Burnouf est encore le premier, et nul ne peut, même en se prévalant d’une priorité de publication, lui disputer l’initiative, la priorité de la découverte.

On ne sait ce qu’il faut le plus admirer en lui, de cette force d’intuition qui triomphait des sujets les plus réfractaires, ou de cette application consciencieuse à préparer la matière de ses ouvrages. Pour l’édition, avec traduction en regard, du Bhâgavata-Pourana, vingt mille vers scandés, vérifiés un à un, toute la métrique notée, toutes les variantes recueillies. Pour ses autres livres, des centaines de manuscrits zends, sanscrits, palis, et des divers dialectes, disséqués mot par mot, tous les mots transportés en caractères parfaitement peints sur des cahiers dans un ordre alphabétique, avec l’indication des radicaux et l’explication des formes grammaticales ; des traductions littérales de la plupart de ces écrits, liturgies, poèmes ou histoires ; enfin, plus de dix mille pages in-folio remplies de ces études élémentaires d’un maître consommé, dont lui seul était capable : voilà ce qu’il laisse inédit. Je les ai vues, je les ai touchées ces précieuses reliques de celui qu’on a justement appelé un érudit de génie, et qui était persuadé que le génie ne peut vivre et mûrir qu’à la chaleur continue du travail.

Les improvisateurs de systèmes, les aventuriers de la science, accoutumés à conclure d’un fait particulier une loi générale, et qui abrègent d’autant moins leurs expositions qu’ils ont abrégé davantage leurs recherches, trouveront le procédé d’Eugène Burnouf bien terre à terre. Il ne franchit point l’espace en trois élans comme