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la souche commune aux rameaux épars de la race indo-européenne.

Par une disgrâce heureuse de l’âge, M. Burnouf était tard venu dans ce concours ; il n’y avait place pour lui qu’à la suite des premiers, et, de sa nature, il répugnait à se traîner sur les pas des autres. Il fallait chercher sa fortune dans une voie nouvelle ; il la trouva.

Vers la fin du siècle dernier, la France délicate, voluptueuse et frivole de Louis XV s’entretint pendant quelques jours, les uns avec admiration, les autres avec une pitié railleuse, d’un savant, d’un héros qui, n’ayant pas assez de bien pour payer son passage aux Indes, s’enrôla dans une troupe de marine, puis traversa quatre cents lieues de pays inconnus et sans routes, sous le soleil des tropiques, souffrit la faim, la soif, le plus triste dénûment, plusieurs maladies ordinairement mortelles dans ces climats, les humiliations de la mendicité et de la servitude, lutta contre les périls et les dégoûts que lui suscitaient des haines superstitieuses, tout cela pour rapporter dans sa patrie les textes avec une traduction des livres religieux de la Perse antique. On aurait été moins surpris qu’il s’exposât à tous ces maux pour s’enrichir par le commerce des étoffes et des épices. Cependant, retrouver la langue et la littérature sacrée d’un peuple qui avait régné sur l’Asie et poussé ses conquêtes jusqu’en Afrique et en Europe, ressaisir en original des dogmes qui persistent encore au fond de l’Inde après tant de siècles, et qui se sont mêlés dans les grandes hérésies d’Occident au moyen âge, c’était un intérêt suffisant pour lui, et que la postérité a trouvé assez grand.

Anquetil-Duperron publia, en 1771, sa traduction du Zend-Avesta, et déposa à la Bibliothèque du roi dix-huit manuscrits zends, ou pehlvis, qui devaient