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j’ai souvent ouï dire à ceux qui l’ont suivi qu’on ne connaît pas tout à fait Eugène Burnouf, quand on n’a point entendu cette parole tour à tour familière et élevée, aiguisée et douce, grave et passionnée, toujours claire, naturelle et facile ; ces démonstrations sur des sujets obscurs, toujours compréhensibles aux cerveaux les moins ouverts ; ces réflexions profondes et inattendues sur l’histoire du langage ; ces aperçus vastes et nouveaux sur la marche de l’esprit humain ; cette logique si forte et si agile à saisir les rapports les plus capricieux, les subtilités les plus fugitives, les fantaisies les plus rêveuses de la pensée indienne, que cette force devenait une beauté, cette agilité une grâce qui charmait l’auditoire en l’instruisant.

Mais l’instruction, qui semblait couler par un jet si naturel de cette source abondante, ne se livrait pas gratuitement à celui qui la prodiguait aux autres. De ces leçons qui se répétaient deux fois par semaine, il n’y en avait pas une qui ne lui coûtât sept ou huit heures de préparation : exemple à méditer pour qui, dans le ministère du professorat, se croirait dispensé d’un labeur assidu par la science acquise et par les dons de l’esprit. Eugène Burnouf continua ainsi vingt années, non seulement avec la régularité soutenue du devoir, mais avec la passion ardente de l’apostolat, pour un petit nombre d’auditeurs, ces apparentes improvisations, qui, par l’unité du plan et l’élégante correction du discours, furent comme un grand et excellent livre.

Pourquoi n’en a-t-il pas répandu dans le monde et conservé pour l’avenir quelques pages au moins par l’impression ? Mais il était trop enfermé dans le silence laborieux de son cabinet pour se livrer aux distractions de la publicité. Et, quand il avait rempli son devoir de