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grammaires, des livres en quelque sorte usuels, des traductions de poèmes, étaient le fruit d’un estimable labeur aidé par les brahmanes et borné à la littérature sanscrite. Ce qui avait été jusqu’alors le but final des études ne fut pour Eugène Burnouf qu’un instrument.

Il se sentait attiré et poussé vers les parties inconnues et les moins accessibles de la science, non par un caprice d’orgueil pour la difficulté à vaincre, ni par une manie d’innovation et de singularité, mais par la conscience en quelque sorte d’une obligation spéciale et personnelle, et par l’autorité d’une voix intérieure qui l’avertissait qu’il y avait là une vérité à découvrir, appréciable seulement au petit nombre, et enveloppée d’ombres si épaisses, cachée dans des profondeurs si abstruses que, pour l’atteindre ou seulement la poursuivre, il fallait un homme qui, à la vivacité pénétrante et à la ténacité invincible de l’esprit, joindrait une parfaite abnégation de la renommée facile et populaire.

Imaginons que dans un de ces pays lointains de la haute Asie, dont les habitudes de langage sont séparées des nôtres par la différence si profonde des systèmes d’écriture et de prononciation et des procédés de syntaxe et de grammaire, on entende parler de latin pour la première fois, et que pour la première fois on en lise, on en explique des exemples écrits ; imaginons qu’un docte brahmane apprenne la vieille latinité d’une manière si nette et si sûre qu’ayant rencontré ensuite des manuscrits de théologie subtile, de scolastique obscure en langue italienne, il sache tout d’abord, à travers les altérations des radicaux, les déformations des désinences, les idiotismes de création relativement récente et les mélanges de sources étrangères, deviner les rapports originels des deux langues, puis détermi-