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gaze et de broderies, et il s’appliquait à ramener aux proportions et au dessin de la physionomie française ces étranges et gigantesques figures, substituant un idéal artificiel à l’idéal véritable.

Eugène Burnouf se proposa un objet plus viril et plus sérieux, il voulut rechercher les traces de la filiation des peuples, les liens de parenté entre l’Orient et l’Occident, et les titres héréditaires des races européennes, conservés dans les analogies des signes de la pensée ; démêler et promulguer les lois de décomposition des idiomes originaires dans les langues anciennes et dans les langues modernes, retrouver enfin par la grammaire les grandes époques de l’histoire de la famille humaine.

À la fin du siècle dernier, l’Angleterre, grâce aux succès de ses armes et de sa politique dans la presqu’île du Gange, obtenait sur la France un avantage scientifique dont elle n’avait pas sans doute alors le loisir d’être sensiblement touchée. Elle devança la France dans la connaissance et la pratique de la langue sacrée des Hindous. À la suite des armées conquérantes, s’étaient établis les comptoirs de la Compagnie, puis, auprès et à l’ombre des comptoirs, l’école des indianistes. De 1780 à 1815 brillent des noms mémorables, William Jones, Wilkins, Colebrooke. Pas un nom français ne commence même à poindre à côté d’eux. Les premiers indianistes chez nous, comme en Allemagne, reçoivent un commencement d’instruction d’un Anglais sorti de l’école de Calcutta[1].

Nous dûmes à Eugène Burnouf de reconquérir la priorité dans plusieurs branches de cette science, et la supériorité à certains égards. Des dictionnaires, des

  1. M. Hamilton.