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aisément de ces esprits merveilleusement doués, et, par fortune rare, unis à un caractère de modestie et de constance qui les élève et les maintient dans les régions supérieures aux tentations d’intérêt et d’ambition, auxquelles les exposerait plus que d’autres l’énergie même de leurs éminentes facultés.

Depuis la Renaissance, la France n’a point cessé de porter en tête des nations de l’Europe le flambeau des lettres orientales. À la France appartient l’honneur d’avoir créé cet enseignement spécial ; à elle aussi, l’initiative des voyages à la recherche des monuments de l’écriture dans les contrées de l’Asie ; à elle, les premiers essais notables de cette philologie appliquée à l’histoire : Postel, Bochart, d’Herbelot et leurs imitateurs, et les orientalistes du collège fondé par François Ier, noble lignée de noms célèbres ou dignes de l’être, qui gardèrent par des traditions constantes la prééminence des doctrines françaises durant plus de deux siècles ! Le commencement de celui-ci a été encore pour elles une époque de rénovation et d’immenses progrès. Elles acquièrent alors, particulièrement dans les trois langues musulmanes, une autorité déférée par le consentement de l’Europe savante aux ouvrages lumineux, à la critique supérieure, à l’activité propagatrice du maître avoué de tous, le vénérable Silvestre de Sacy, de qui les Arabes eux-mêmes apprirent, avec une netteté et une précision dont ils ne se doutaient pas, les lois de leur grammaire et celles de leur poésie ; Silvestre de Sacy, dont les encouragements font surgir autour de lui des générations capables de soutenir et d’étendre la gloire de son riche héritage. C’est à lui principalement, c’est à sa haute et puissante influence, qu’on dut, en ce temps, la création de deux chaires nouvelles au Collège de France,