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crits dont le jeune étudiant devait un jour pénétrer les obscurités ; et ce fut pour lui, sans qu’il s’en doutât, comme une gymnastique préparatoire pour des travaux plus ardus.

Il suivit, dans le même temps, les cours de l’École de droit avec plus de persévérance et d’éclat, et il y signalait la fin de ses exercices par une thèse dont elle a gardé le souvenir. Ainsi s’ouvrait devant lui la carrière du barreau, où son père désirait l’engager, et à laquelle paraissaient l’appeler ses facultés brillantes et solides. Mais, par les habitudes de la maison, par les entraînements involontaires et continuels des discours et des exemples, M. Burnouf déconcertait lui-même ses projets pour l’état de son fils. Tous les entretiens roulaient sur la philosophie du langage, sur les grammaires comparées, sur l’histoire de la parole ; et le jeune élève en droit y prenait un plaisir singulier, et s’y faisait déjà remarquer par la sagacité de ses réflexions et de ses aperçus.

C’était le temps où M. de Chezy venait d’inaugurer renseignement public du sanscrit en Europe. M. Burnouf père se fit aussitôt le plus assidu de ses disciples, et en 1819, dans la sixième édition de sa Grammaire grecque, il déposait le fruit de ses récentes études, révélant à ses collègues de l’Université la communauté d’origine des dialectes helléniques avec le sanscrit. La révélation se faisait aussi pour Eugène Burnouf, et l’inspiration s’ensuivit, et le changement des desseins pour l’avenir. Son père ne voulut pas le contrarier, et c’eût été un irréparable dommage pour la lumière des lettres qu’il en fût arrivé autrement. Les avocats ne manqueront jamais aux passions des plaideurs et à la gloire de l’éloquence ; mais l’érudition ne rencontre pas aussi