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encore une fois tribut à la fortune envieuse, un bien cruel tribut. Sa compagne, qui l’avait aidé à supporter le poids des mauvais jours, lui fut enlevée par une mort soudaine. La solitude de sa maison en deuil lui devint désormais insupportable. Ce n’était plus assez d’habiter dans le voisinage de son fils, qui était lui-même marié, et père depuis quelques années. Il alla s’établir chez lui pour retrouver la vie du foyer domestique. On m’a permis de visiter cet appartement où ils vécurent longtemps encore ensemble ; les cabinets des deux savants, séparés seulement par une porte toujours ouverte, où l’on se trouvait si heureux de travailler l’un auprès de l’autre, où l’on s’inspirait réciproquement sans se parler, où l’on s’entr’aidait quelquefois sans se distraire, et d’où l’on partait de compagnie, tous les vendredis, pour la séance de l’Académie.

Il n’est pas rare de rencontrer des pères qui, dans l’âge de la vaillance, souhaitent, comme Hector, que leur fils les surpasse un jour, un jour encore lointain. Il s’en trouve bien peu qui, à l’heure du déclin, se félicitent d’être surpassés. Combien nous semblait touchante la joie sans arrière-pensée du septuagénaire, si heureux d’avoir son fils pour doyen à l’Institut, de voir la grande place que ce fils y occupait, et de n’être son égal que par la loi de la confraternité académique !

Il est vrai que M. Burnouf pouvait revendiquer sa part dans les succès de son fils. C’était lui qui l’avait initié aux exercices, aux analyses, à la philosophie des grammaires comparées et de la grammaire générale. Quel maître eut cet enfant ! Mais aussi quel disciple eut ce maître !

Eugène Burnouf était né sous un toit étranger, dans l’ergastule du négociant, le 8 avril 1801 ; mais à peine