Page:Naudet - Notice historique sur MM. Burnouf, père et fils.djvu/33

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ont la conscience profonde, M. Burnouf ne souffrait pas aisément la contradiction ni la concurrence. Mais il s’appliquait à se perfectionner, à se surpasser lui-même pour maintenir sa supériorité sur les autres.

C’est ainsi que dans une célèbre édition d’auteurs classiques latins, qui se fit au commencement de ce siècle, entre les habiles collaborateurs que l’auteur de l’entreprise s’était associés, M. Burnouf s’éleva au-dessus de tous à une longue distance, même des premiers après lui. Son travail sur Salluste est un chef-d’œuvre où la plénitude de l’érudition allemande s’allie à la justesse et à la précision de l’esprit français ; rien de superflu, tout le nécessaire ; discussion des textes, éclaircissements historiques, remarques de philologie comparée et de critique littéraire ; commentaire, en un mot, bien rare en son espèce, qui explique toutes les difficultés sur lesquelles on l’interroge, sans donner jamais des explications qu’on ne lui demandait pas.

Non content de commenter ces auteurs avec une parfaite érudition, il a su les traduire en écrivain élevé à leur école.

Une excellente copie française d’un beau tableau d’histoire littéraire, cette large peinture de l’éloquence romaine, que Cicéron offre dans son traité de Claris oratoribus, obtint à M. Burnouf, en 1821, des suffrages unanimes. Bientôt après, les Catilinaires et la harangue pour le tribun Sextius, défenseur du parti de l’ordre au milieu de l’anarchie qui précéda et amena le despotisme des Césars, et plusieurs plaidoyers fameux du grand orateur et ses préceptes sur le gouvernement proconsulaire adressés à son frère Quintus, furent rendus en français avec un égal bonheur. Puis il s’attaqua aux écrivains du premier âge de la décadence, moins corrects et moins