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cis du lendemain eurent cessé de le troubler, les distractions lui étaient permises. Dès qu’il avait fini sa tâche, il relisait avec délices ses livres de classes et ses livres de prix, unique bagage qui ne l’eût pas quitté pendant les traverses de sa petite Odyssée. Il trouva le moyen de l’accroître encore du fruit de ses épargnes. Quoique le négociant ne pût s’empêcher de rendre justice à son assiduité, néanmoins, à le voir, aussitôt son labeur achevé, étudier avidement son grec et son latin au lieu de se reposer, pour revenir plus frais et plus dispos à la besogne, ou de perfectionner son écriture et ses chiffres, il se disait, haussant les épaules de pitié : « Pauvre garçon ! il ne fera jamais rien. » Mais il eut occasion un jour de se douter que ces vanités du bel esprit pouvaient servir à quelque chose.

Dans un voyage à Paris, ses affaires le mirent en relations assez fréquentes avec une veuve jeune et riche. De retour à Dieppe, il entretint une correspondance à laquelle n’étaient peut-être pas étrangères des vues d’intérêt dont on ne parlait pas, mais où l’on parlait beaucoup d’intérêts plus tendres, et dans un langage très persuasif. M. Burnouf tenait la plume. Le négociant usait de cet artifice en toute sécurité de conscience ; après tout, ce qu’écrivait son commis lui appartenait, il ne livrait que ce qu’il avait payé. Le commerce épistolaire eut pour conclusion un mariage, et la maison de Dieppe fut transportée à Paris. M. Burnouf y suivit son maître ; car c’était bien un maître, exigeant et impérieux. L’ingrat ne souffrait qu’avec peine que ce même esprit, auquel il devait en grande partie son bonheur, prît un peu de cette nourriture si nécessaire à qui en a goûté les douceurs. Il lui reprochait de ne pas prendre cœur à son état, et de s’appliquer à des futilités. Il y a quelque