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faiteur ne voulait point exciter des vocations factices, des ambitions décevantes, mais ramasser et sauver des germes de talent abandonnés, qui se seraient perdus faute d’abri et de soleil pour éclore. Ces germes se développèrent bien vite chez le jeune Burnouf, et l’ancien professeur de rhétorique du collège d’Harcourt, l’ancien principal du collège Louis-le-Grand se mit à enseigner lui-même le latin au petit villageois. Puis, quand il l’eut conduit assez avant, il lui procura une place de boursier dans le collège même où son souvenir était encore présent et puissant. Le client se montra digne du patron, et les anciens collègues de Gardin Dumesnil reconnurent le maître dans le nouvel élève. C’était en 1788. Il fallait qu’il se hâtât de terminer le cours de ses études. L’orage approchait ; il ne tarda pas à gronder, sans troubler toutefois le jeune Burnouf dans la paix de son asile et la sécurité de ses travaux, qu’il couronnait en 1792 par des succès éclatants. Dès sa première année de rhétorique, il avait effacé tous ses émules, les vétérans comme les nouveaux, et il avait remporté l’avant-dernier prix d’honneur de l’ancienne Université. Sa vétérance fut moins flatteuse pour l’orgueil, mais non moins fructueuse en réalité ; il étendit et approfondit ses connaissances acquises, et s’affermit dans l’estime et l’affection de ses maîtres. Son sort était désormais assuré, si celui des établissements universitaires avait pu l’être.

Le jour de la distribution des prix amenait le terme de son séjour gratuit au collège. Le pauvre jeune homme se trouvait, au sortir de la cérémonie, sans demeure et sans ressources, avec sa gloire et ses couronnes. Des couronnes, quelles qu’elles fussent, n’étaient pas un gage de fortune le 22 juillet de l’an 1793.

Encore, s’il avait pu retourner dans la maison de son