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cette commémoration que la famille académique consacre à ceux de ses membres qu’elle regrette et qu’elle honore. Il y aurait conscience à les séparer. Qui se flatterait d’avoir complètement loué le père et ses méthodes d’enseignement, s’il n’en montrait l’application la plus glorieuse, l’expérience la plus féconde dans l’éducation du fils ? Et pour Eugène Burnouf, quel plus digne hommage peut-on lui rendre que d’accomplir sa suprême volonté ? J’ai là sous mes yeux, je tiens en mes mains une lettre qu’il écrivait à ce sujet même lorsqu’il perdit son père, et dont je dois la communication au savant qui lui a succédé parmi nous[1] :

La mémoire de mon père, à laquelle vous avez rendu un hommage qui nous a vivement touchés, sera toujours mon bien le plus cher, et les hommes qui l’ont aimé seront pour moi des amis que j’aurai reçus de ses mains. Vous parlerai-je, monsieur, de ce que votre notice renferme de trop bienveillant pour moi ? C’est encore à mon excellent père que je dois, je ne dis pas ce qui a pu me mériter vos éloges, mais le sentiment qui vous les a dictés. C’est cet homme dévoué à ses devoirs et aux siens que vous avez voulu consoler en exagérant le peu qu’a pu faire, par ses conseils et sous ses yeux, un fils qui donnerait ce que vous voulez bien appeler des découvertes, pour un seul des nombreux bienfaits que cet homme à jamais regrettable a répandus dans sa longue et modeste carrière.

Voilà l’expression de cette âme tendre et pieuse, qu’éclairait le rayon divin d’une haute intelligence ; elle-même nous parle aujourd’hui. Et il me semble qu’elle peut m’entendre à son tour ; il me semble que Eugène Burnouf, si les louanges de son père n’étaient mêlées à ce

  1. M. Rossignol.