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NOTES 307

loardes, mais riches de rhythme comme la Sonate pour piano et violon et le Quatuor ; guindées parfois, mais si noblement pathé- tiques, comme le Chant Funèbre et V Hymne à la Justice, devaient suffire à la gloire du musicien, si le démon du théâtre n'était point venu troubler sa retraite... Mais qui en voudrait à un tel artiste, quand pour se faire connaître il n'a que le théâtre, d'avoir été tenté de l'aborder un jour ?

Déjà, nous avions entendu chez Colonne, un acte de Guercceur et j'en ai parlé ici même. Une sorte de disposition de bas relief, taillé sévèrement dans un marbre dur, monochrome, selon cet idéal abstrait qu'on prête gratuitement aux Grecs, commandait l'œuvre et lui conférait une sorte de style dont on ne pouvait pas ne pas ressentir la beauté, — à en juger du moins d'après le premier acte et sans l'appoint du masque théâtral... Voici intégrale et réalisée sur la scène, la tragédie musicale de Bérénice et nous pouvons dire que nul ouvrage depuis Ariane et Barbe Bleue n'avait suscité par avance tant de fièvre impa- tiente et tant d'ardent espoir en nous... Hélas ! j'ai peur que nombre d'entre nous n'en veuillent aujourd'hui au musicien de la sorte de déception qu'ils ont ressentie devant son ouvrage et qu'une admiration de longue date n'a pu les contraindre à garder pour eux. En spectateur, non en technicien — car il s'agit d'une œuvre directe et, par définition, publique — essayons de chercher les causes de cette insatisfaction.

M. Magnard, dans une élégante Préface, expose son double dessein, son dessein dramatique, son dessein musical. Il a écrit sur le thème éternel de l'amour résigné, déjà fixé et nuancé pour l'éternité par Racine (et c'est ce qu'il n'eût pas dû oublier), un livret extrêmement nu, mais d'une forme insuffi- sante, sans vraie beauté verbale et sans authentique simplicité... Mais ce qui le caractérise avant tout, c'est une absence totale d'action extérieure, d'action plastique ; c'est que tout s'y passe en dedans. Voilà qui serait fort bien et, certes, de l'ambition la plus noble !.. mais d'abord dans un autre style ; mais, le style une

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