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au moment où M. des Lourdines s’y attend le moins, contracte pour 600.000 francs de dettes entre les mains d’un usurier nommé Muller. M. des Lourdines reçoit par lettre la réclamation de ce Muller au soir même d’une bonne journée passée dans la forêt, au moment même où il allait — suivant sa plus chère habitude — tirer de son violon (M. des Lourdines joue du violon) les accents les plus mélodieux et les plus doux. Nul coup plus rude. Sous le poids de la dette, le vieillard chancelle. Six cents mille francs ! Ah ! mais est-ce que ce n’est pas toute sa fortune cela ? Et ses terres, ses métairies, ses bois, ses moulins, jusqu’à ce Petit-Fougeray où Mme des Lourdines et lui habitent ! Le drame commence vraiment là ; et c’est le secret du talent de M. de Châteaubriant de nous l’avoir fait pressentir durant les 75 pages d’une description sobre et d’un récit paisible.

Affolé, mais tout de même courageux, M. des Lourdines se recueille. Pour sa femme d’abord, qui ne doit rien deviner de la catastrophe, il songe à parer le coup, s’en va, de nuit, à Poitiers, consulter M. Lamarzellière, conseiller de S. M. le Roi à la cour royale, Me Paillaud, notaire. Et ces mots de Me Paillaud devant la décision que le pauvre petit gentilhomme rural est prêt à prendre : “ Oh !... alors... alors... Vous mettrez les fermes en vente ? Les fermes ! mais songez donc... ”

M. des Lourdines, dès lors, vit avec son secret, l’affreux secret de cette menace de vente planant sur ses biens, sur Petit-Fougeray, sur Mme des Lourdines, sur lui-même. L’intervention du docteur et du confesseur apprend tout à Mme des Lourdines. La douillette et bonne femme en a une attaque et meurt. Voilà donc le fils arrivant juste à temps pour aider à descendre le cercueil de sa mère, de cette mère qu’il a tuée.

“ Ah ! dira-t-on, ce retour! C’est du Greuze ; voilà le théâtre moral. ” Je vous assure que non. M. de Châteaubriant a mis dans son récit une discrétion, une brièveté, une pudeur, il lui a communiqué un mouvement si naturel, une émotion si