Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


y^O LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

mais lui, c'est sa loi même qu'il cherchait encore après l'avoir trouvée, et la paix, l'a-t-il jamais connue ? D'un effort toujours repris, d'une âme inassouvie, pascalienne, il se combattait lui- même ; il n'a jamais polémisé que contre lui-même, l'infati- gable polémiste, contre les idées dont il redoutait ou souhaitait tour à tour qu'elles prissent sur lui de l'empire, opposant sans cesse à ses croyances des " difficultés de croire ", et c'est de cet effort qu'il a donné à ses élèves le spectacle émouvant. Mais cette inquiétude, c'est la loi des grands cœurs ; ce besoin intérieur de se critiquer soi-même, de se déprendre de soi, de se renouveler, c'est le principe des grandes initiatives scienti- fiques, c'est le ressort de tout héroïsme, c'est l'aiguillon de toute sainteté. "

��L'ASSOCIÉE de Lucien Muhlfeld (Calmann Lévy).

Lucien Muhlfeld connaissait Paris. Il avait bien étudié certains milieux factices parmi lesquels un écrivain nouveau d'abord se plaît, s'efforce et s'enfièvre, puis se rebute, souffre et s'irrite. Tout jeune encore — il mourut à trente ans — il avait pu diagnostiquer chez certains êtres, dans leurs manières et leurs propos et parfois jusque dans leurs coeurs, les déformations qu'infligent la fréquentation du " monde ", les exigences d'une carrière, la poursuite d'une grande situation... Muhlfeld possé- dait, à un degré très remarquable, le don d'observation — une observation directe, cinglante, presqu'agressive. Ses formules brillantes et laconiques, qui ne suggèrent pas infiniment mais dénoncent avec évidence ; ses croquis au trait visible et ramassé, évoquent à la fols le Taine de Thomas Graindorge et le Forain de Doux Pays. Plus malicieux d'ailleurs que chagrin, moins indigné que diverti, cet observateur aime à s'effacer devant un

�� �