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686 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

feuillage blanc, leurs troncs verts aux gerçures écarlates ; à terre, une herbe jaune, sèche, qui craque sous les pieds. C'est le désert le plus morne : pas un oiseau là-dedans, pas un bruit, pas un soupir d'insecte. Le ciel même paraît vaste et désolé. La tranchée profonde d'un oued, enfin, m'arrête. Impossible d'avancer ou de descendre ; l'abrupte muraille s'abaisse à pic d'une quinzaine de mètres, et d'ailleurs à quoi bon descendre ! Il y a longtemps qu'il ne coule plus d'eau parmi les cailloux qui encombrent le lit rougeâtre, trop large, et quand il en coule, comme elle doit être vite bue par cette terre avide, si desséchée qu'elle en a perdu toute compacité ! Perchés sur une pierre, deux toucans au gros bec recourbé s'agitent, poussent des cris atroces, inutiles et qui font paraître plus morne la solitude; brusquement, ils s'envolent en ouvrant, toutes larges, leurs ailes noires et blanches. — Tandis que je retourne sur mes pas, une ombre impalpable, une sorte de buée gris- perle adoucit les angles de la chaîne du Kassam qui s'élargit et monte à l'horizon, au delà du monotone moutonnement des mimosas. Avant de rentrer, fait un crochet pour explorer un creux dont l'abondante brous- saille m'attire ; je n'y trouve rien, du reste, sinon de nombreuses tanières de porcs-épics, forées dans le talus oii l'on relève la trace de leurs ongles tranchants; le sol est semé de piquants.

Au campement, les hommes préparent leur dîner. Dans leurs marmites de route, pareilles à des boucliers, ils font cuire ces espèces de crêpes, mi-graisse, mi-farine, épaisses et coriaces, qui forment la base du repas abyssin. Le vent est tombé ; la fumée, la flamme des feux monte toute

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