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d'aDDIS-ABEBA a DJIBOUTI 685

fait à lui seul autant de bruit que les cinq gaillards qui l'entourent. Comme un de mes hommes fait mine de lever sur lui la crosse de son fusil, il se met à pousser des cris stridents, pareils aux you-yous arabes. Deux ou trois femmes, sorties on ne sait d'où, surgissent tout à coup, se rangent à ses côtés. Je me suis levé, inquiet : un geste maladroit, et la querelle se fera bataille. Mais Djamma, le cuisinier, qui passe à ce moment, me rassure : " Ce ne sont que paroles d'Abyssins ", me dit ce Somali avec un tranquille mépris. Et désignant le bidon qu'il porte : " Laissez-les disputer : j'ai de l'eau pour vous ". Cela ne fait pas assurément l'affaire des autres qui continuent à interpeller sans douceur le vieillard intraitable. — Tandis que je déjeune, sous la tente dont la toile est brûlante au toucher, la discussion se prolonge. Les voix de femmes aiguës et irritantes se mêlent aux voix masculines. Exaspéré enfin, je m'approche du groupe, impose silence et propose au vieux de lui payer son eau. A peine a-t-il entendu tinter les thalers, il se plie en deux, et se confon- dant en excuses, tient à écarter lui-même les épines de la zériba pour laisser passer mes hommes. Du coup la tran- quillité de ma sieste est assurée...

A quatre heures et demie, au réveil, la chaleur, sous la tente trop bien close, est suffocante. Quand j'en sors, j'aperçois dans le cône d'ombre qu'elle projette sur le sol, une dizaine d'hommes accroupis, tassés les uns sur les autres, qui mangent en silence. L'un d'eux, pour me suivre, se lève à regret, quitte son chapeau et ses sandales, mais prend son sabre, son fusil, sa cartouchière. — Le paysage n'est guère engageant: à perte de vue, les mimosas nains hérissent leur

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