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674 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

aux plis de l'aine, lui fait boire l'eau fraîche qu'il est allé puiser pour elle à la rivière. Mes hommes en font des gorges chaudes. " Si ta femme était avec toi, lui dit le boy, la soignerais-tu de même ? ", et tous de rire. Mais Djamma, demeure impassible : sans répondre, il ramasse du bois mort, des brindilles, puis, son feu allumé, s'asseoit à côté. Notre arrivée, cependant, a été signalée. Des hauteurs, et sans que le moindre village soit en vue, descendent des bandes d'enfants. Ils surgissent tout à coup dans la clairière, rieurs et confiants, apportant des œufs dans le pan de leur robe, des calebasses pleines de lait, des artichauts, des figues de Barbarie. Des discussions véhémentes, les pires marchandages s'engagent entre ces trafiquants de dix ans et mes abys- sins. Nulle violence, du reste, sinon verbale ; pas un ne songe à s'approprier de force ce qu'il lui suffirait de toucher du bout des doigts pour l'arracher aux mains de ces gosses. J'admire une petite fille, vêtue d'une longue robe sale tombant jusqu'aux pieds, largement ouverte sur la gorge qu'entoure un collier de verre bleu. Elle est charmante, de grands yeux gais, le nez retroussé, la bouche délicate : elle porte les cheveux coupés court, presque ras, sauf une bande qui fait le tour du crâne. Quand toutes leurs denrées sont écoulées, les enfants s'éloignent, traversent la rivière, puis accroupis sur les pierres, s'arrêtent à considérer le " Frengi " (c'est l'Euro- péen qu'on appelle ainsi là-bas), le toit blanc de la tente qu'on hisse, et les gestes du cuisinier qui casse des œufs dans une poêle et, avant de rejeter les coquilles, y passe le doigt qu'il suce ensuite.

Durant tout le déjeuner, les cris d'oiseaux au-dessus de

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