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670 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

hommes aujourd'hui est énorme. Elle ronfle comme un volcan, elle illumine tout le campement. Le boy m'ex- plique que les nagadis, qui devaient nous amener ce soir des mulets de renfort, n'ont pas encore apparu et sans doute sont égarés. Ce feu rougeoyant sert de phare. Toutes les cinq minutes, en outre, un homme grimpe au plus haut de la berge et décharge son fusil. Le bruit lon- guement se répercute et roule dans la plaine. Quand il s'éteint, on n'entend plus que le glissement de la Modjo, et le broiement monotone des mulets qui mâchent. Vers 10 heures, enfin, une détonation au loin répond. Tout va bien ! En hâte, on disperse, on étouffe la flambée dont l'éclat empêchait les hommes de dormir : l'obscurité aussi- tôt se refait autour de nous, bleue, silencieuse et trans- parente...

��III

��27 avril, de la Modjo à Samasambat.

Aube limpide. Sous la fragile et perçante lumière, on aperçoit au-dessus de l'horizon, comme suspendues dans le ciel, les cimes rosées, fondantes et à demi-effacées de l'Errer. L'air est vif, la brise souffle. Tandis que je déjeune dans un coin, une félicité toute physique, une sorte d'allégresse des muscles et du sang m'envahit et me soulève. Promesses de plaisir partout répandues : comme l'étape d'aujourd'hui les décevra!... Dès six heures, tous les mulets sont chargés : il y a progrès ; le maître-nagadi tient à venir lui-même me le faire observer. J'admire l'air d'heureuse fourberie de son visage intelligent et fin. Il a

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