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630 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

innombrables s' entrecoupant à angles vifs ; ils ramènent le cercle parfait au polygone qui peut s'y inscrire. Ainsi, pensent- ils, — c'est du moins la pensée que je leur prête, quand j'examine bénévolement leurs essais — ainsi, l'œil, accroché par chaque accident de la forme, en percevra mieux et plus fortement le relief, non seulement à l'endroit des brisures, mais sur chacune des facettes, diversement orientée, donc éclairée diversement. Raisonnement tout cérébral, raisonne- ment d'artistes à système... qui pourraient signer leurs ouvrages comme un théorème: C. Q. F. D. Je me refuse, quanta moi, à juger de la réussite de pareilles œuvres ; l'émotion qu'elles suscitent est géométrique exclusivement. Je crains que l'ad- jonction de la couleur n'y ajoute quasiment rien et n'en mas- que pas l'artifice. Gardons notre sérieux et attendons.

Est-il prématuré de conclure ? Sur le cas paritculier, soit! — peut-être. Non, sur cet état d'esprit général, dont le cubisme n'est qu'un exemple, et qui porte les jeunes gens, (et aussi bien poètes et musiciens que peintres), à créer suivant un système, à placer le système avant l'œuvre, non point après. Encore excusera-t-on un grand homme de se faire systémati- que sur sa fin, quand il a éprouvé le poids de la matière et les difficultés de l'œuvre. Mais serait-il devenu grand homme, s'il avait commencé parla ? Non ! Car il s'interdisait, du même coup, la diversité, la recherche et se proposait comme but une partie de l'art, non tout l'art. Que dire d'une peinture dissociée, où celui-ci a la couleur, celui-là le dessin, cet autre le volume, où la forme exclut l'arabesque, l'arabesque le jeu des valeurs? Que de talents dans ces petits royaumes ! Béni qui les ramè- nera à la grande unité de l'art.

H. G.

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