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J’attends dans la ruelle, vois des jeunes gens fort gais, des marins ivres, des policiers tripolitains, retrouve une de mes connaissances et passe la nuit dans un endroit qui, pour naître pas des plus agréables, n’en fut pas moins utile à mon inexpérience.

Quand la nuit se fût faite, j’allai me poster à l’endroit convenu, avec les trois mules et les bagages. Mon impatience, on le conçoit, était extrême. Les baisers que j’avais donnés à Giula, ceux que j’en avais reçus, et la certitude de posséder bientôt cette femme divine, entretenaient dans mon cœur une agitation dont rien ne saurait approcher.

Dans ma hâte, j’avais devancé d’une bonne heure le moment du rendez-vous. Je dus donc attendre, immobile auprès des mules, un temps qui me parut interminablement long.

Comme la nuit avançait cependant, malgré qu’elle ne le fît pas avec la rapidité que j’eusse désirée, j’eus l’idée de me hisser sur la selle d’un des animaux pour regarder dans le jardin. Mais à l’instant où mes doigts allaient saisir un des créneaux, une musique bruyante éclata dans la ruelle voisine, la bête fit un brusque écart et je tombai dans la poussière.

Je me relevai, confus et furieux, épandant ma colère en blasphèmes insensés. La musique, cause de ma chute ridicule, s’éloignait. Je secouai mon manteau, bénissant Allah, après l’avoir maudit, de ce que Giula ne s’était pas trouvée là pour me voir en cette posture. Il me fallut reprendre ma faction. “ Quelque contre-temps est survenu sans doute… Zambinelli se serait-il laissé surprendre ? ”