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humide et fraîche comme les roses de Sadi. Je me tournais sur ma couchette, incapable de fermer l’œil, fût-ce une minute, possédé que j’étais par un insupportable et lancinant désir. Les rêves que je faisais tout éveillé et les exigences de la nature auxquelles succombent toujours les gens jeunes et bien portants, finirent cependant par clore mes paupières et je tombai dans un profond sommeil rempli de rêves plus voluptueux encore que les plus hardies pensées de mon insomnie.

Il faisait grand jour quand je m’éveillai. Nous approchions de Tripoli. Après les ablutions, je montai sur le pont. Des cormorans volaient autour des mâts en poussant des cris aigres. Devant moi, s’incurvait en croissant un port tout assoupi sous un ciel indiciblement bleu, comme les yeux de ma nouvelle maîtresse.

Giacomo m’aborda avec sa politesse accoutumée et, après les banales questions d’usage, se mit en devoir de s’acquitter de son rôle de cicérone.

— À droite, devant les remparts, me dit-il en étendant les bras, vous avez les bâtiments de la douane ; à gauche, le quartier juif. Ce palais, au bord de la mer, c’est la résidence du pacha. Les maisons des riches habitants sont là-bas, dans la plaine, sous les palmiers. C’est là qu’habite Giula.

Il tira son chapeau à la demeure invisible et lointaine. Les palmiers s’agitaient au vent du large avec des frissons argentés.

— Je ne vois, dis-je, aucun vaisseau pirate.

En effet, seuls des chebecs, des tartanes et des felouques de mine pacifique sillonnaient la rade ou s’accotaient aux débarcadères. Une grosse frégate à l’ancre pesait sur l’eau,