Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


L*ESCALE A TRIPOLI 591

valeur marchande. Le capitaine des pirates, un grand escogriffe à figure balafrée, nous infligea, monsieur, les pires outrages. C'est à peine si j'ose vous avouer que, non content d'avoir pris de force toutes les religieuses, il tourna sur les Français et sur moi-même la furieuse lubricité dont il était possédé. Vaincu cependant par notre résis- tance indignée, le forban nous fit attacher au pied du grand mât où, après avoir reçu les verges, nous de- meurâmes pendant trois jours, exposés aux risées et aux coups de cet équipage de païens, sans eau, sans nourriture, à demi-nus enfin et à demi-morts de douleur et de honte.

" Quant aux religieuses, mon seigneur, ces saintes filles faisaient peine à voir. Le capitaine et son second, un démon de son acabit, se les réservaient, ne permettant à aucun des matelots d'y toucher. Les malheureuses étaient parquées à l'arrière du vaisseau, couchées sur des voiles, surveillées par quatre marauds armés d'espingardes. Chaque soir, les deux chefs venaient choisir celles dont ils voulaient orner leur couche pour la nuit. Malgré leurs larmes et leurs supplications, il fallait bien que les pauvres femmes descendissent l'écoutille. Le lendemain, je les voyais rejoindre leurs compagnes, tête baissée. Les malheureuses s'absorbaient en de longs conciliabules au retour des victimes.

" Une d'elles, émue de notre situation précaire, car nous mourions positivement de faim et de soif, une d'elles, dis-je, bravant un soir la consigne, se glissa comme une couleuvre jusqu'au mât où nous étions piloriés. Elle nous versa une gorgée d'eau et nous fit manger à chacun quelques morceaux de biscuit de mer. Ce frugal repas nous sauva la vie.

�� �