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affairé des métiers et du vacarme des marteaux des ciseleurs, réjouissait mon âme en la ramenant à Nishapour, ma patrie, qu’enfièvrent pareillement les tisseurs de laine, les mineurs de turquoises et, périodiques comme les hirondelles, les pèlerins qui marchent avec lenteur en secouant des plis de leurs manteaux les sables tenaces du désert.

Jérusalem eut aussi ma visite, mais rien ne sut me captiver dans cette ville lugubre et funéraire. Je me demande encore aujourd’hui ce qui attire des peuples de cent races différentes dans ces murs décrépits, dans ces rues mal pavées, dans cette atmosphère puante comme la mort elle-même. Je n’ai jamais aimé la douleur, à l’encontre de ces Chrétiens adorateurs de plaies et grands verseurs de larmes. Ils y trouvent, paraît-il, des satisfactions inédites. À mon avis, ces amateurs de la souffrance doivent ressembler aux vieillards impuissants dont les nerfs usés ne sauraient s’émouvoir qu’aux plaintes d’une jeune esclave fouettée au sang par les eunuques.

Quant à moi, je le déclare avec confiance, j’ai toujours été un bon musulman. Mon père, fort estimé des ulémas, me fit élever sous la direction d’un vénérable précepteur choisi par le Mujtahid lui-même. J’appris de lui la vérité du Coran, la majesté d’Allah et la sainteté de son prophète, et cette foi, la plus raisonnable d’ailleurs, si l’on considère sans parti-pris le ridicule de toutes les autres religions, ne m’a jamais abandonné. S’il est vrai que j’ai plus d’une fois bu du vin en compagnie de courtisanes chrétiennes, cet aveu me sauvera, je l’espère, du soupçon d’hypocrisie que s’attire tout homme de bien lorsqu’il commet la faute de proclamer la vérité sur lui-même.