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55^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

rien ne manque si ce n'est la compréhension du modèle. Lady Chesterfield qui avait supporté la négligence sans se plaindre, qui avait consenti à adopter le fils naturel que son mari avait eu de M"* du Bouchet, qui leur avait donné à tous deux les soins les plus constants, paraît avoir été douée de ces qualités d'amour, d'abnégation et de douceur qui permettent aux Don Juan de poursuivre leurs mille conquêtes, assurés qu'ils sont d'avoir, grâce à Elvire, un foyer confortable pour venir s'y reposer. Atta- chantes figures qui prennent tant de soin à ne pas se plaindre et à se laisser ignorer que l'on ne saurait les admirer sans risquer d'être indiscret.

Par un hasard étrange et, pour ainsi dire, comme par un châtiment d'avoir été si sérieusement frivole et si délicieusement égoïste, la mémoire de Lord Chesterfield n'a été sauvée de l'oubli, que d'ailleurs elle ne méritait point, ni par le rôle qu'il joua dans les affaires publiques, ni par sa merveilleuse éloquence, ni par ses écrits, ni même par ses mots d'esprit. Il doit sa renommée aux suites d'une mauvaise action qu'il avait commise et à une indélicatesse.

On se souvient de son affaire avec M"® du Bouchet où il vécut distraitement et par gageure l'aventure où Richardson, qui s'en inspira vingt ans plus tard, devait tant faire discourir et s'agiter son romantique Lovelace. Lorsque M"' du Bouchet eut accouché à Londres en 1731 d'un fils, Chesterfield, tout en interdisant à la mère de reparaître devant lui, prit soin de l'enfant. Il l'envoya au collège de Westminster, l'en fit sortir à seize ans, lui adjoignit un bonhomme de précepteur, Mr. Harte, une bourse bien garnie, et le fit voyager en Europe.

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