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524 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Elle lâcha mon bras, me donna une sorte de bourrade amicale, et s'éloigna en disant gauchement :

— Sale gosse !

Mais moi, dans ce dernier instant, j'avais senti que Rosa Kessler n'était que douceur, tendresse et obéissance. Je sentais que, si j'avais pu la rappeler avec fermeté, elle serait revenue ; et j'aurais pu la faire mettre à genoux devant moi, simplement, pour le plaisir. Et je sentis qu'elle avait besoin de mon amitié. Oui, elle était plus grande que moi, et pourtant elle avait besoin d'être protégée par moi. Il y avait trop de douceur en elle ; elle était comme une belle fleur que tout venant peut froisser. Elle courait un danger ; je ne savais pas lequel : j'étais si loin d'elle ! Mais, c'était un danger imminent ; quelque chose de laid et de terrible. — Je ne trouvai pas le cou- rage de la rappeler. Et les jours précieux passèrent.

En la regardant, fraîche et blanche, d'une blancheur qui semblait venir du fond d'elle-même et affluer à son visage comme une émanation de sa pureté, je pensais :

  • ' Je t'aime ! et tu es une bonne élève. Bientôt nous

serons amies. Les autres ne s'en doutent pas : j'ai employé tant de ruse et d'hypocrisie pour me cacher d'elles ! Mais nous serons amies, et alors nous nous efforcerons d'être sages, toutes deux, et nous obéirons amoureusement à nos maîtresses, et tu seras toujours pure et heureuse, puisque je t'aime ! "

Oui, j'oserais lui dire tout cela, tout à l'heure, à la sortie de la classe. Il m'arrivait de courir vers elle, et tout à coup je m'arrêtais, hors d'haleine, le cœur battant sans mesure, la tête perdue. Je remettais à plus tard ma démarche. Jamais les occasions n'étaient assez favorables.

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