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ROSE LOURDIN 519

ne la connaissais pas, puisque je ne la voyais qu*au réfec- toire, de loin, et dans la cour des récréations. Je la vis pourtant mieux, à la fin de cet hiver, à l'infirmerie, pen- dant l'étude du soir.

Vers huit heures, une des jeunes maîtresses, mademoi- selle Spiess — qui était du même pays que Rôschen — entr'ouvrait les portes des salles d'étude, et bredouillait : " Infirmerie ! "

Alors, celles qui étaient enrhumées ou qui avaient un pansement à faire renouveler, se levaient, et, en rang, suivaient la maîtresse à l'infirmerie. Rôschen allait prendre de la tisane, et, vers la même époque, on m'en ordonna.

Presque chaque soir, au retour de l'infirmerie et lors- qu'on passait devant la porte de la salle de discipline Mademoiselle Spiess criait :

— Kessler ! vous parlez encore sur les rangs ? Aux arrêts, s'il vous plaît, et attendez m'y... Quelle petite indisciplinée !

Être envoyée aux arrêts était un châtiment redouté de toutes les petites filles. Je ne m'étais jamais mise dans le cas d'y être enfermée ; pour moi, c'était le déshonneur, une tache ineffaçable. Rôschen y allait d'elle-même, et en souriant. J'admirais son impudence et son calme : c'était presque de l'héroïsme. Et quand elle sortait des arrêts, elle n'avait même pas les yeux rouges. Moi, j'étais si sotte que je n'aurais plus osé me montrer aux autres.

Et même, un soir, je crus remarquer qu'elle faisait exprès de parler haut et d'avoir une mauvaise tenue en revenant de l'infirmerie. On eût dit qu'elle donnait à Mademoiselle Spiess, volontairement, par bravade, l'occa- sion de l'enfermer dans la salle de discipline.

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