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��ROSE LOURDIN

��*' Avec nos cheveux aplatis sur nos têtes par un long peigne arrondi, et nos nattes repliées et enfermées dans une résille noire, vous n'imaginez pas comme nos visages paraissaient durs. Et nous étions en effet dures les unes pour les autres, et malheureuses. Moi, du moins, j'étais malheureuse dans cette pension de province. Il me sem- ble que dans ce temps-là j'avais toujours froid aux pieds et au bout des doigts. J'étais une petite fille triste et taci- turne. Ce que j'ai de gaîté ne m'est venu qu'avec mon premier amour de femme. Dans mon pensionnat du Jura, les maîtresses disaient que j'étais " en-dessous. "

J'avais entendu parler de Rosa Kessler avant de la voir. C'était le soir de mon entrée. Elle était populaire, sans doute : des Moyennes parlaient d'elle avec des éclats de voix :

" Rôschen.... Rôschen.... "

Je me demandais comment ce nom s'écrivait. Puis je le vis écrit à la craie sur un tableau noir. Je crus que c'était son nom de famille : on ne nous appelait jamais par nos prénoms, là-bas. Des grandes m'avaient dit : " Comment t'appelles-tu ? " et avaient ri parce que je leur répondais : " Rose. "

Je dus m'habituer à répondre quand on disait : Lour- din. C'était comme si, en entrant là, nous laissions nos

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