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mais elle tournait rarement les pages ; et j’avais l’impression que sous son regard les pages se gonflaient de mots nouveaux que son regard y faisait naître, de certains mots dont elle avait besoin et qui ne se trouvaient pas là. J’imaginais cela tandis je dessinais. Je dessinais lentement, sans intention bien arrêtée, et je regardais tout, quand je ne savais plus comment continuer, en penchant un peu la tête sur l’épaule droite ; de cette façon je trouvais plus vite ce qui manquait encore. Je faisais des officiers à cheval, qui galopaient à la bataille, ou bien au milieu du combat, ce qui était beaucoup plus simple parce qu’alors je n’avais presque plus à indiquer que la fumée qui les enveloppait. Maman prétend toujours maintenant que c’étaient des îles que je peignais ; des îles avec de grands arbres et un château et un escalier et, sur la rive, des fleurs qui se miraient dans l’eau. Mais je crois qu’elle invente, ou que ça n’était que plus tard.

Il est de fait que ce soir-là je dessinais un chevalier, un unique chevalier bien distinct, sur un cheval merveilleusement caparaçonné. C’était si bariolé que constamment je devais changer de crayon ; pourtant le crayon rouge jouait le rôle principal et je le reprenais à tout moment. Une fois de plus j’allais le saisir, lorsqu’il roula (je le vois encore) obliquement sur ma feuille jusqu’au bord de la table et, avant que j’eusse pu le retenir.