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poumons voudraient aspirer la mort, — on asphyxie, on espère mourir, — mais on aspire du courage. La détresse ressemble à l’agonie d’un vaisseau submergé, on dirait qu’elle s’abandonne, mais elle est robuste et active comme le sapin des cimes quand il fait de l’oxygène avec un zèle de géant, et nourrit ainsi tout l’espace.

— Douleur, si vous êtes une bénédiction, vous m’avez comblée de vos bienfaits terribles. Vous m’avez choisie parmi les êtres avec un soin minutieux, moi qui passais, furtive, sous les épais ombrages, ou qui vivais reculée dans ma solitude étroite. Vous m’avez désignée pour votre festin de poisons. Vous avez tendu vers moi votre coupe amère et somptueuse, plus vaste qu’un cirque de montagnes où dort un lac vénéneux ; mais toujours vous commenciez par la joie ; et j’allais à vous, j’avais confiance, je ne pouvais soupçonner vos déguisements. Vous veniez, complaisante, maternelle, et vous me disiez : " Donne-moi ton fardeau. " Et le fardeau des jours simples, indifférents, le petit fardeau des jours mornes et graves, que chacun de nous peut porter sans faiblir, je vous le donnais, ô Complaisante ! Et vous me donniez votre main d’amour, vos regards d’amour, vous me portiez sur vos bras, je possédais l’horizon, vous me combliez d’exaltation ou de paisible, de profond sommeil, et je vous bénissais, Douleur déguisée !