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HYMNE

N’y a-t-il pas comme une guerre
ordonnée aux mortels sur la terre ?
Livre de Job.

On était paisible, joyeux, en sécurité, — et aussi irritable, soucieux, actif, indifférent comme lorsque l’on est heureux, et voici la Douleur. Elle n’était pas, elle est. Une minute du temps, une seconde nous séparait d’elle, et voici que nous avons franchi cette seconde formidable, et tout l’univers est changé. Comme une crue de l’océan, la douleur, le désespoir, la détresse ont noyé nos chemins, les ont absorbés, engloutis, et nous sommes là, errants, devant cette eau inflexible, tandis que là-bas, sur la rive opposée, règnent le calme, l’abondance, la possibilité de vivre. Comment atteindrons-nous à ce salut ? Comment dessècherons-nous ou franchirons-nous cette eau épandue, nous, l’exilé, l’isolé, qui courons sans trouver d’issue, de gué, de passage ? O Douleur, nous vous boirons goutte à goutte ; goutte à goutte, avec nos lèvres désolées, nous épuiserons votre eau amère, qui donne soif, qui donne des larmes et des hoquets, votre eau dévorante. Le front couvert d’une sueur d’effroi, le regard roidi, glacé, hagard, nous aurons du courage, parce que, dans ces moments-là, les