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SUR LE "théâtre POPULAIRE " 507

poète tragique s'ignore dans le Hugo de Booz endormi ! Une tragédie populaire ne peut se passer de lyrisme et c'est l'ardeur du verbe qui fera fon- dre et soudera entre elles les âmes multiples, diverses, contraires de tout un peuple rassemblé.

Ce lyrisme, du moins, que l'action le porte, et l'évidence de l'action. Notre dramaturgie de raffi- nés semble tenir en grand mépris ce que l'on appelle l'intrigue ; de fort intéressants esprits nous ont prouvé qu'il n'est pas impossible de présenter sans artifice une succession de tableaux reliés sim- plement entre eux par la courbe d'un caractère ou d'une idée, une action unie et continue, déroulée mais non pas nouée, pure de tous moyens de mélodrame... Nous nous voyons forcés, au nom de la tragédie populaire, de défendre l'intrigue mélo- dramatique, si peu de cas que nous en fassions.

Nous ne pourrons pas obtenir ce maximum d'évidence tragique, cette main-mise sur tout le public — faute de quoi ni la grandeur des caractères, ni l'ivresse lyrique ne sont communicables — sans consentir à nouer fortement le drame, à tendre devant les yeux des spectateurs, parfaitement, puérilement visible, le fil d'intrigue sur lequel s'élance l'action. Ni les plus populaires, ni les plus subtils des grands dramaturges passés, ni Sophocle, ni Racine n'ont consenti à s'en défaire. L'intrigue mélodramatique qui est tout dans le mélodrame, a soutenu les plus nobles des tragé-

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