Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


496 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

tion. " Dieu veuille que, cette veille de Noël où il renversa sa tête sur l'oreiller et leva les bras ainsi qu'il avait coutume de faire quand il était très las, un certain sentiment du devoir accompli et l'espérance chrétienne humblement caressée pen- dant toute une vie aient pu induire son cœur à ce tressaille- ment, dans la minute où il s'achemina vers son Rédempteur. On le trouva paisiblement étendu, calme, serein, avec toute l'apparence du sommeil, le 24 Décembre 1863 "...

��Dans la petite collection des Portraits d'Hier, M. Louis Nazzi rend un bel hommage à la mémoire d'Honoré Dautnier. De ces pages, que M. Nazzi qualifie modestement des " notes imparfaites " mais qui émeuvent par leur sincérité chaleureuse, nous ne pouvons résister au plaisir de donner ici quelques extraits :

" Il faut que ceci soit dit : il n'a pas été donné à Daumier de rempHr sa destinée. Il n'a fait que la côtoyer, par un che- min de pierres. Il était né pour être l'un des deux ou trois grands peintres de son siècle. 11 eût été. ayant un peu d'argent de côté, un Delacroix peuple et exalté, le Millet du faubourg et de la barricade. Il a versé dans le journalisme, parce qu'un artiste pauvre ne fait pas ce qu'il veut. Il y a usé ses forces et son courage. Il y a perdu ses yeux, brûlés d'avoir aimé la lumière. Le meilleur d'entre les hommes et le plus doué pour le bonheur, il lui a fallu, à la fin, comme tant d'autres, som- brer dans le désespoir. La plaie d'argent a empoisonné cette grande âme et ravagé cette belle vie. Il faut que cela soit dit.

" ...Il n'a eu pour maître que la nature ; il n'a jamais étudié qu'elle. Passé vingt ans, il n'a plus connu d'autre musée que la rue ; et ses furieuses ébauches, que nous admirons, ne furent toujours, pour lui, que le prolongement de ses prome- nades dans Paris. Il aimait la vie, il croyait en elle, avec des adorations de brute. Il semble qu'elle soit de lui, cette pensée de Vallès : " Je ne salue pas les héros morts, mais les travail- leurs vivants ". Il n'a jamais refusé son regard, ni marchandé

�� �