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486 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

voix ; ce qu'il sait dire, il le dit naturellement, mais rien de plus. Ayant à parler de Molière, il ne se fait pas illusion sur la nouveauté de son point de vue, il ne veut pas même prévoir jusqu'où son étude l'entraînera : il se place de plain-pied avec l'oeuvre et les documents de l'histoire, et il suit d'un docile amour la vie du maître vénéré, se refusant à prendre les distances, à démoderniser son ton, à déshumaniser le plus humain de nos auteurs. Il a étudié les comédies, il a lu tout ce qui concerne le poète ; il rassemble au gré de la causerie ses souvenirs, ses impressions, se laisse aller à citer ce qui lui semble vraiment admirable, et ne craint pas de poser, quand il faut, des restrictions. Sa causerie vaudra à proportion du plaisir que lui-même saura y prendre. Nous possédions maints traités plus ou moins doctes sur Molière, voici un Molière de belle humeur, exact, respectueux, vivant, et qui remplace tous les autres. De quoi, tour à tour les comédies naissent, celles-ci d'exigences vitales profondes, celles-là du bon plaisir du roi ; comment Molière s'applique à concilier son génie et les con- venances ; quelles déformations, quelles diminutions, quelles exaltations aussi, ce conflit constant lui impose, la preuve de ceci M. Donnay la note à chaque page, très conscient d'un si beau drame, mais se gardant d'y insister. Il est permis de regretter parfois cette discrétion excessive. Même sur l'art, sur le mécanisme de la composition chez Molière, M. Donnay esquisse maints développements curieux qu'on lui en veut de ne pas pousser jusqu'au bout. Au fait, sait-il faire état suffi- sant de l'art dans les comédies et ne les juge-t-il pas d'un peu trop loin, en auteur dramatique de notre temps, plus sensible à ce qu'on appelle le naturel, qu'au parti pris d'expression esthétique ? Montrer sur l'exemple admirable du Misanthrope comment l'un aide l'autre, quel passionnant sujet !... Mais songeons que M. Donnay se défend vivement d'être un critique. Il aime Molière, et a su bien dire comment il l'aime ; nous devrions lire son oeuvre, rien que pour la justesse parfaite du ton.

H. G.

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