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470 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Cessez le feu ! En ligne face à moi !

Il était devant eux. Sa jument encensait en éclabous- sant d'écume blanche les hommes du premier rang. Il fit un geste brusque, saisit la poignée de son sabre en croisant son bras droit par devant sa poitrine, et le tira du fourreau. Une flamme métallique jaillit de son poing, et courant tout le long de la lame, se fixa en frémissant au bout de la pointe.

Il ouvrait la bouche que la section se hérissait déjà de ses baïonnettes. A grand renfort de coups de coude, de gestes excessifs et anxieux, les hommes ajustaient au bout de leur arme déjà longue la mince aiguille triangulaire que consolidait une garde recourbée en coquille d'escargot. Ce ne fut plus une troupe, mais une bête dangereuse, allongée de soixante mandibules affûtées; elles basculèrent toutes les soixante en avant, d'un même mouvement, et s'abattirent sur la cale sohde des poignets gauches. Une vibration de ferraille prouva la résistance élastique des ressorts de muscle et de métal. Le soleil courut transver- salement sur le plan de cette nappe d'acier.

Le bruit du commandement se perdit, mais deux épe- rons solidement fixés envoyèrent la monture et le cavalier dix pas plus loin, avec une saccade des reins chez l'homme, une cambrure désespérée du cou chez la jument. Elle retomba sur ses pieds qui fouettèrent la terre calcinée du champ de tir, tandis que, le sabre nu à la main, et agissant froidement sur les rênes de cuir jaune, l'officier dirigeait pour ses fins personnelles la rage folle de la bête.

Il ne se retournait même plus. Il entendait. Derrière lui montait le roulement sourd de la section lancée au pas de

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