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45^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

vanité à se joindre sans gêne, d'un geste aisé, à ces groupes encore privés d'autorité, comme des cages vides.

Des associations de pays, d'humeurs et de professions se nouaient en ondoyant. Sur la trame du bataillon et des chambrées, se jetait ainsi un clayonnage nouveau qui croisait le premier et le contrariait. Des invectives énormes et paisibles commençaient à s'élever avec lenteur. Tout tourbillonnait dans un mouvement décentré.

La nuit qui dénoue n'eut pas à dissoudre ce qui n'était pas. Le lendemain se leva sur cette jonchée de volontés rompues. Le sommeil les avait saisis en pleine saoulerie et en plein effort d'inquiétude. Il avait effacé les souvenirs trop frais. Chacun, en reprenant conscience sous le jour administratif des hautes fenêtres sans rideaux et dans l'atmosphère sûre du dortoir, trouva d'abord dans sa bouche le goût de sa chambre et sur soi la moiteur de son lit familier. Le réveil les tira, chacun, de sa vigne où chantait le criquet, de son atelier encombré de chêne en grume, de son comptoir de mercier parfumé par la coton- nade et la colle des apprêts, de sa cave à vins, de son bureau, de son jardin fleuri d'héliotropes.

Les glapissements des gas de l'active éclatèrent en fanfare narquoise.

Il y eut un rappel effaré des consciences que suivit un débordement de malédictions. Il surgit hors des sacs à viande des visages bouffis par le rêve et congestionnés par la courbature. La stupeur les noyait un instant, puis la colère les saisit. L'alcool avait aigri sur l'estomac. La langue pesait jusqu'à la nausée dans l'arrière-bouche, une goutte de gomme collait les paupières. Ils avaient trop bu et trop

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