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450 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

unis dans la satisfaction commune d'une belle chaleur aérienne et de l'apéritif.

Les toits de tuile creusent de leur ton franc le bleu déjà méridional du ciel. Les vendeuses sortent des bazars en jupes courtes et en blouses de satinette noire. Les commis qui font les cent pas tournent vers elles leurs figures exsangues, par dessus les angles des faux-cols démesurés. Les gandins de préfecture posent négligemment un soulier jaune à semelle débordante sur le marche-pied des autos arrêtées devant les terrasses garnies d'officiers, et tendent leurs mufîes mous, mais rasés à l'américaine, vers des femmes environnées de gazes mauves. Les compagnons qui reviennent des chantiers, munis de leur musette blanche, oublient leurs rancunes de salariés en buvant un petit blanc de Loudun. Un jacassement confus traverse le silence et le nourrit. L'apaisement d'une sorte de grâce incomparable, qui est celle de l'heure et de ce pays, domine les groupes.

C'est par là-dedans, et à ce moment-là, qu'il subit l'humiliation rageuse de remonter son troupeau. Le défilé incohérent s'étirait sans épouser la forme définie des carrefours. Les pantalons rouges des serre-files et les valises jaunes mettaient une uniformité risible de taches dans ce disparate. L'oreille exigeante du chef était mutilée par le clapotement du cortège. La troupe rendait un son veule, noyé de bavardages.

Le peloton qui fermait la marche pour cueillir les retardataires perdait lui-même son bel ajustage intérieur de machine équilibrée. Un air de libération circulait entre les hommes ; il y glissait un espace qui le faisait

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